Pour l’article d’aujourd’hui, je souhaitais vous parler des chiffres du marché de livre en France. Ayant une passion pour les chiffres et l’analyse de données, j’ai donc choisi d’utiliser le fichier mis à disposition sur le site du Ministère de la Culture. J’ai ensuite analysé le tout avec Looker Studio. J’aurais pu utiliser PowerBi, Tableau ou tout autre outil de visualisation de données.
Le marché du livre en France
Avant toute chose, le fichier de données sources a été mis à jour en avril 2025. J’ai donc pu récupérer les chiffres de l’année 2024 et j’attends (probablement) avril 2026 pour pouvoir vous donner l’analyse de 2025.
Il existe de nombreux indicateurs que vous pouvez suivre grâce au fichier téléchargeable sur le site du gouvernement. J’ai ici fait le choix de faire des focus sur quelques uns des chiffres qui me semblaient les plus intéressants.
La production de livres en France
Définitions de la production
Je voudrais m’intéresser ici à la production de livres en France. Il existe plusieurs données qui peuvent vous intéresser :
- le nombre de titres déposés : comprendre “déposés à la BNF” – ou Bibliothèque Nationale de France si le jargon vous échappe.
Normalement que vous soyez auteur édité à compte d’éditeur, d’auteur ou en autoédition, vous devez déposer votre manuscrit à la BNF. C’est obligatoire. Donc chaque année la BNF publie le nombre de manuscrits qu’elle a reçus. Et parmi les manuscrits enregistrés, seuls une portion sera commercialisée.
- le nombre de titres commercialisés : ceux qui partent effectivement en production dans l’année.
Ici ne sont comptabilisés que les titres commercialisés hors autoédition, édition à compte d’auteur et titres en impression à la demande. C’est pour ça que le nombres de titres déposés est supérieur au nombre de titres commercialisés.
- le nombre de titres disponibles : tous les titres en catalogue depuis la nuit des temps (oui je m’emballe).
- imprimés
- numériques
Ce chiffre représente le catalogue global des titres disponibles. Et il me semble, mais je n’arrive pas à trouver confirmation, qu’on parle ici des titres disponibles en commercialisation. Donc toujours hors autoédition, compte d’auteur et impression à la demande. Le distinguo est fait entre les titres imprimés et les titres numériques.
Logiquement vous aurez donc un nombre de titres disponibles cette année supérieur à celui de l’année précédente, lui-même supérieur à l’année passée, etc.
- le tirage moyen : le nombre de tirages par titre en moyenne.
Vous le verrez dans le paragraphe suivant, mais la moyenne n’est pas folichonne. La médiane aurait peut-être été plus intéressante puisque vous avez des best-sellers qui vont être tirés à 400 000 exemplaires, et des mini productions à quelques pièces seulement.
Les résultats
La BNF n’a pas encore publié les chiffres de dépôts 2024, ou du moins le Ministère de la Culture n’a pas ajouté le chiffre au fichier de données.
Mais voici ce que cela nous dit pour 2023.
Livres déposés versus commercialisés

Comme vous pouvez le constater, on a bien davantage de livres déposés que commercialisés. Le delta représentant probablement les livres autoédités, en impression à la demande et à compte d’éditeur. Ainsi que les livres qui ont été déposés, mais ne seront finalement pas commercialisés.
Je me questionne un peu sur le “creux” de 2020. On nous matraquait pas mal à l’époque que tout le monde s’était mis à écrire pendant la crise sanitaire. Sauf que les chiffres de dépôts ne représentent pas vraiment cet engouement. Il est aussi probable que les auteurs en herbe n’aient pas respecté les règles en déposant leur manuscrit à la BNF. Mais je m’attendais à un pic sur cette année. Peut-être que la forte hausse en 2021 représente aussi des manuscrits écrits en 2020 et finalement déposés en 2021. Difficile à dire via cette étude, mais il me semble que la BNF communique de manière transparente sur ses données également, donc il doit être possible de trouver des explications sur leur site.
Titres imprimés versus titres numériques
Concernant l’évolution des titres disponibles imprimés et numériques, on voit donc une augmentation chaque année du total des titres. Ceci étant dû au fait qu’il s’agisse d’une valeur incrémentale. Chaque année se rajoutent les nouveaux titres et rééditions commercialisés. Le catalogue ne fait que grossir.

Ce que je trouve intéressant c’est l’augmentation du nombre de titres numériques disponibles. On voit qu’entre 2022 et 2023 l’augmentation est marquée avec +10% de titres numériques (sur les années précédentes on tourne plutôt à 5% et on retombe à 3% en 2024).
Tirage moyen
Et enfin, dur dur à entendre (ou lire), mais la réalité est là. Le tirage moyen par titre est de… roulements de tambour… 4 382 copies.

Et comme vous pouvez le constater, on n’est pas vraiment sur une courbe ascendante. Et sachant qu’au début des années 2000 le tirage moyen était plus proche des 8 000 exemplaires. On a eu une sacrée descente depuis.
Ceci étant, je voulais vous mentionner les informations suivantes, qui me semblent être nécessaires pour la compréhension du marché. Et aussi pour que vous compreniez les enjeux si vous souhaitez vous faire une place en tant qu’auteur.
Difficile de trouver un chiffre exact, mais il apparaît qu’environ 2 000 écrivains arrivent à vivre de leur plume en France. Cela veut dire qu’ils dégagent un salaire suffisant pour se consacrer à cette activité. C’est peu au regard du nombre de titres publiés par exemple.
Notez donc que les disparités sont fortes quand on en vient à parler de tirage. Le roman qui a obtenu le prix Goncourt en 2025 à par exemple été tiré à 250 000 exemplaires. Le Prix Fémina a enregistré de son côté 80 000 tirages, et le grand prix du roman de l’Académie française 25 000. Vous le voyez, un livre primé est tiré à plusieurs milliers d’exemplaires, et un Goncourt est même tiré 10 fois plus qu’un Prix de l’Académie française. La moyenne de 4 000 et quelques copies est donc peu engageante, cela veut donc dire que l’écrasante majorité des titres n’est tiré qu’à quelques dizaines ou centaines d’exemplaires.
Suite de l’analyse à venir !